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Le One pot aux lentilles

En quittant notre logement à Chippendale, on savait qu'on allait vivre sans four, ni micro-ondes, ni eau chaude au robinet, probablement pour le reste de notre séjour en Australie. Après avoir ratissé les opshop de Sydney (équivalent d'emmaus) pour amasser le maximum possible d'ustensiles de cuisine que peut contenir un curver, et investi dans deux feux au gaz pour se garantir la possibilité de cuire de plusieurs façons en même temps, on est partis avec l'impression d'être bien préparés et même le sentiment d'être libres.

Tant que l'on reste dans des zones assez urbanisées, il n'est pas difficile de trouver des aliments, les grandes surfaces affluent sur la côte est (pour ce qui est de l'outback, c'est un autre sujet...) et les rayons de Coles et Woolworth, les deux marques qui se partagent le marché, offrent un panel de produits occidentaux bien diversifiés, pas de dépaysement de ce côté la. Quant à la cuisine asiatique elle est même davantage représentée que dans nos contrées.

En revanche, les rayons abondent de plats préparés, et tout comme les supermarchés américains, on trouve bon nombre de sachets de légumes frais prêts à jeter dans la casserole. Il semblerait que les Australiens ne soient pas des cuisiniers et ce serait peu dire: une pièce de viande rouge grillée (et très cuite!!!), une patate et un oignon constitue le repas quasi systématique des Australiens qu'on a rencontrés jusque là. Le tout sur un barbecue, véritable institution nationale, d'où la pléthore de marinades et d'épices qui encombrent les rayons. On y a d'ailleurs découvert le lemon pepper et le chicken salt, incontournables pour assaisonner le mais, mais également grand nombre de sauces aux mystérieuses associations d'ingrédients qui nous rappellent nos cousins Britishs, allant même jusqu'au très populaire pot de vegemite (mais nous on aime pas!). Pourquoi les Australiens tartinent leur pain avec cette pâte de levure au goût amer à la manière de leurs cousins anglais et leur marmite reste un mystère...

 

C'est ainsi que peu à peu on a découvert les joies du barbecue australien (et en même temps la probable origine de sa popularité)! Dans les campings, le moindre site pour poser sa tente dispose d'un barbecue prévu pour feu de bois. La moindre petite ville, même dans des endroits très reculés, compte au moins un parc municipal aménagé avec des tables ombragées, une aire de jeux pour les enfants et DES barbecues (au gaz) en accès libre. Les familles viennent très régulièrement y passer l'après midi ou la soirée, parfois même la journée entière.

Parmi les aménagements les plus incroyables que l'on ait vu il y a l'esplanade de Cairns. Des infrastructures au design très modernes s'étalent sur près d'un kilomètre de part et d'autre du lagoon, entre la mer et la rue qui traverse le centre ville. Puisqu'on ne peut pas se baigner dans la mer, les enfants jouent dans le lagon (sorte de grand bassin à ciel ouvert avec des jeux d'eau et des palmiers) pendant que les parents préparent les grillades. L'éclairage de ces aménagement est très bien pensé et chaque soir c'est des dizaines de plans de travail qui sont occupés par des mamans et des papas en train de préparer des marinades, comme une gigantesque cuisine américaine à ciel ouvert.

Quand on se promène le soir en ville, une odeur de viande grillée émane souvent des jardins. Délicat fumet ou basique odeur de graisse, on a parfois envie d'être de l'autre côté de la haie. C'est chez Ben à Airlie Beach qu'on aura eu l'occasion de partager une soirée barbecue avec quelques australiens. Il y avait beaucoup de convives en réalité mais beaucoup étaient des backpackers comme nous car Ben est probablement le seul Australien que nous aurons rencontré jusqu'à présent qui possède une véritable affection pour les voyageurs comme nous. Chez Ben, tous les soirs il y a un grand feu qui réunit les convives et dont les braises alimentent un petit barbecue improvisé. Le principe était davantage de partager la chaleur du feu et le concept de la grillade collective que les plats en soi: libre à chacun de faire partager ou manger seul ce qu'il a apporté.

 

Probablement due à la très vaste étendue d'élevages qui occupent les terres arides du pays davantage que parce que le barbecue est une activité nationale, la viande est proportionnellement moins chère que les légumes. On était prévenus et pourtant le premier jour où on a fait les courses, on a quand même un peu blêmit en découvrant les prix au supermarché (fruits et légumes en particulier)... difficile de comprendre pourquoi, vu la diversité des climats et de la production australienne.
Au départ choisie "pour goûter", on a aussi découvert que la viande de kangourou était en réalité une alternative plus saine et économique. On a appris à l'utiliser en remplacement du bœuf haché. Avec un goût certes un peu plus faisandée mais aussi moins de matière grasse, elle est finalement devenue un incontournable de notre caddie. Si cette viande nous rappelle les menus exotiques proposés en Europe à l'occasion des repas de Noël, ici, malgré l'absence d'élevage, les kangourous sont aussi nombreux que les Australiens ! Pourtant, sa présence en supermarché est relativement récente (moins de dix ans). Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle n'a aucun succès auprès des autochtones (aborigènes exceptés) et quand on leur demande pourquoi les Australiens répondent souvent qu'elle est pleine de vers ou que c'est de la nourriture pour chien. Mais les mœurs sont peut être en train de changer.

En réalité, depuis plus de trois mois qu'on est sur la route on a surtout appris à faire preuve d'inventivité pour palier les contraintes budgétaires de la liste de course mais aussi celles de notre équipement, pourtant loin d'être rudimentaire: trouver des astuces pour faire bouillir de l'eau sur un feu en plein vent, alterner les bouteilles de gaz pour les faire durer plus longtemps, ou encore faire la vaisselle au bicarbonate pour limiter l'empreinte écologique dans les parcs ou plus simplement économiser ce qu'il reste d'eau, ... On a même acquis l'équivalent d'un brevet logistique sur l'occupation de l'espace du frigo.
Cuisiner sur la route ca n'est pas toujours le joli feu de camp dans un parc national superbe, c'est aussi faire face aux contraintes extérieures chaque jour. Car il y a les jours où on dort sur le bord de la route, dans une aire de service, les fois où on a pas de bois, les midis où il faut faire vite pour optimiser les heures de lumière de jour (pas toujours très nombreuses en hiver), les jours de pluie, les fois où on est crevés, ou on veut pas s'embêter...
Malgré tout, on a encore beaucoup la foi dans la cuisine et on commence même à se dire que c'est peut être parce qu'on est Français!

Ainsi après avoir essayé la pizza sans four ou le gâteau à la casserole (avec succès même), on est fiers de vous présenter une alternance gastronomique au sachet de nouilles instantanées qui semble être le repas favori et même systématique des backpackers. Voici donc la recette du one pot aux lentilles, le repas pratique sur la route, qui n'utilise qu'une casserole, pas beaucoup d'eau et ne stocke rien au frigo:

Le One Pot aux Lentilles

Ingrédients

1 cup de lentilles corail

1 oignon rouge

2 conserves de tomates pelées en morceaux

2 ou 3 carottes

2 saucisses de chorizo

1 cuillère à soupe de All purpose Seasoning

1/2 cuillère à café de Piri-Piri (ou autre piment)

Sel et poivre

Peler et couper les carottes en petits dés. Hacher l'oignon. Couper le chorizo en rondelles.

Mettre les oignons à revenir dans de l'huile à feu moyen dans une casserole (taille moyenne préférable). Quand les oignons sont légèrement fondants, ajouter les carottes. Faire revenir jusqu'à ce que l'ensemble soit cuit. Puis ajouter le chorizo, faire revenir jusqu'à ce que la viande se colore.

Ajouter la tomate en jus et verser les lentilles. Mettre les épices. Bien mélanger et couvrir. Laisser mijoter 15min et servir quand les lentilles sont à votre convenance.

 

À déguster avec... de l'eau car l'alcool, vin y compris, est horriblement taxé !

© 2017 par Bertrand Faucounau et Anastasia Durand

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