
Nous sommes arrivés à bon port le lundi 13 mars dernier après un survol mémorable de la baie de Sydney. L’aéroport nous a craché dans les rues de la ville en moins de 10 minutes. Passeport, visa et justificatifs de fonds encore en main, on avait peine à réaliser qu’on était bien arrivés en Australie. Un rapide contrôle électronique et même pas de douane pour tamponner la page de notre passeport qu’on avait préparé pour l’occasion, c’est bien facile de rentrer dans ce pays.
C’est avec un temps plus que maussade que nous avons forgé nos premières impressions de la ville. Peut être était-ce dû à cette pluie battante quasi ininterrompue, mais il nous semblait retrouver une atmosphère londonienne lorsque l’on arpentait les rues. Pourtant malgré la couche de nuages épaisse qui constitue le ciel que nous avons connu les trois premières semaines, la luminosité était si importante que dès que les nuages se faisaient un peu moins denses, il fallait de bonnes lunettes de soleil pour ne pas être éblouis.
Comme à Londres, la vie de quartier est très active, allant parfois jusqu’à créer des petites villes indépendantes. On apprendra même assez vite que les habitants de Sydney Nord par exemple, vivent, travaillent et sortent à Sydney Nord, pas au Sud du pont. Peut être parce que la ville est aussi très étendue. Ce sentiment londonien s’est quelque peu estompé lorsqu’on s’est aperçu que l’on n’y trouvait pas l’humour typiquement britannique qui rend la ville européenne si joyeuse malgré la pluie. Non, les habitants de Sydney sont plûtot nerveux et peu causants, à la manière des parisiens.
Au final, Sydney n’est pas une ville si dépaysante. C’est avant tout une grande ville, mais qui n’a pas vraiment d’âme ni d’histoire. Juste une ville comme tant d’autre dans le monde moderne. De loin, quand on entend parler de Sydney, outre le surf, c’est principalement pour son opéra et son pont et une fois les pieds dans la ville rien n’attise particulièrement plus la curiosité. Pour se sentir ailleurs, on peut en revanche compter sur les oiseaux exotiques. Il est tout même agréable de voir des perroquets multicolores voler d’arbre en arbre dans les parcs, ou d’y croiser des ibis. Et quand arrive le soir, c’est un vacarme extraordinaire de cris rauques des grands cacatoès.
Nous avons passé notre première semaine dans le quartier de Randwick, petite banlieue sympathique à mi chemin entre le CBD et les plages. Il nous aura pourtant fallu plusieurs jours avant de pouvoir vraiment découvrir les plages de Sydney. Mais un après-midi où le soleil était enfin au rendez-vous, harassés par nos recherches d’emploi peu fructueuses, on a pris le bus pour la plage de Coogee et là, on a compris que le pays réservait de belles surprises balnéaires… Avoir la mégalopole et la plage dans la même ville, c’est un must. La côte plonge de façon assez abrupte dans la mer, offrant plusieurs baies dans lesquelles passer l’après-midi. Des vagues de plus d’un mètre de haut viennent s’écraser sur la berge, on sait pourquoi Sydney est un haut lieu de surf sur la côte pacifique. Et si on n’aime pas les vagues la ville a même aménagé des piscines de plein air qui permettent de nager tranquillement avec vue sur le large…
Non loin des plages, et même un peu partout dans la ville, on trouve des équipements de gym en plein air, accessible à tous. D’après la pub de la mairie, il y en a toujours un à moins de 10min à pied de n’importe quel logement. Et pour cause, que ce soit entre 7 et 8h du matin ou entre 17 et 18h le soir, ces équipements sportifs sont débordés : de l’australien cliché ultra-musclé à l’australienne en surpoids dont l’effort paraît vain, en passant par le prof de gym individuel pour chaque citadin en mal de sport, il y en a pour tous les niveaux et tous les australiens ont une activité sportive : musculation et course à pied sont les plus populaires, quant aux sports d ‘équipe ou de compétition, c’est peut être leur sujet de conversation favori (et on ne parle pas du surf, c’est un hobby !).
Sydney, faune et flore
Malgré l’ambiance fort sympathique de l’auberge de jeunesse backpacker dans laquelle on aura aussi passé quelques jours, c’est le cœur le léger et plein d’entrain que nous avons sonné au 81 Cleveland Street le 23 mars dernier pour emménager dans notre nouvelle coloc. Cette recherche de logement était devenue un petit cauchemar jusqu’au moment où on a compris que Sydney était pire que Paris et que si on voulait obtenir quelque chose, il allait falloir se battre fortement et avoir les dents qui rayent le parquet. Lors de notre visite on était tombé sous le charme du lieu : petite maison à étage avec courrette et jardin avec barbecue (évidemment), habitée par deux italiens et deux françaises. Même si on ne cherchait pas particulièrement à fréquenter nos compatriotes, l’ambiance s’était avérée très détendue et sympathique et après le petit coup de foudre de la visite, on s’était débrouillés pour arracher la place aux autres redoutables concurrents.
Rien ne se passait comme on l’avait espéré d’un point de vue professionnel et on avait fait l’erreur de trop miser sur le punch que cette coloc pourrait nous apporter au moral. Haut lieu de passage, transitait dans cet endroit aux allures d’auberge espagnole un bon nombre d’étrangers touristes ou immigrés, ex ou futurs colocs, voisins, copains, famille des uns et des autres. C’est avec ces visiteurs et l’une des deux françaises colocataire qui était en stage de 6 mois à Sydney que l’on aura le plus sympathisé, probablement parce qu’on partageait avec eux l’envie de parcourir le pays. C’est peut être d’ailleurs ce qui nous démarquait tant des autres colocs qui semblaient avoir développé en quelques semaines un mépris pour notre envie de voyage et probablement notre personne elle même. Il faut dire que locataire officiel (à Sydney la personne qui signe le bail devient le nouveau patron du logement et a un pouvoir décisionnel plus important que les autres locataires), un italien de nos âges, passait le plus clair de son temps libre avachi sur le canapé devant la télé tandis que sa copine, une française expatriée à Sydney, cumulait les rôles de femme de ménage et assistante personnelle pendant que leur amie (l’autre italienne) se préoccupait de le nourrir. Tous bossaient dans la restauration avec des horaires lourds et plutôt imprévisibles pour des salaires assez moyens.
Leur bataille quotidienne pour se maintenir tout juste une place dans le monde du travail nous aura donné l’occasion de découvrir dans quelles conditions ces immigrés européens tentent de se construire une vie de l’autre côté du globe. Après être passé par les deux ans de visa PVT que le gouvernement australien propose aux jeunes de moins de 30 ans, le sponsorship est quasiment l’unique possibilité d’obtenir un visa permanent en Australie. Et l’entreprise qui signe le sponsorship le sait fort bien : pendant 5 ans l’employé leur est dédié et ce n’est qu’au terme de ces 5 ans continus et déroulés sans encombre que l’employé peut espérer demander un visa permanent. Le sponsorship reste rare à obtenir, aussi tout un business de visa étudiant s’est installé. Contre plusieurs milliers de dollars, on peut s’inscrire dans une école, peu regardante sur l’assiduité (si tant est qu’elle donne réellement des cours…), pour obtenir un visa d’étudiant. A charge ensuite de travailler pour rembourser ce visa.
Un ensemble de circonstances nous aura donc fait prendre conscience qu’il était dangereux de s’amarrer aussi longtemps dans le port de Sydney et qu’un an de voyage étant bien peu, nous avions intérêt à hisser la grande voile bien assez tôt, plutôt que de moisir en espérant un hypothétique travail, finalement ingrat pour une paye peu intéressante au regard du coût de la vie dans la métropole. Et ce n’était pas faute d’avoir cherché.





